Samedi 11 septembre 6 11 /09 /Sep 14:21

 

En ces temps d'inquiétudes quant à nos retraites, je vais vous parler de mes vieux, enfin mes grands-vieux quoi, alias "Pépère et Mamy".

 

Pépère, ancien pépiniériste, 87 ans, et Mamy, ancienne mère au foyer de 5 bambins, 85 ans, ont donc une retraite correcte, youpi. Et pourtant, leur quotidien est un peu flippant en ce moment.

 

Faut dire que Pépère héberge monsieur Alzheimer depuis déjà une quinzaine d'années. On a la chance qu'ils cohabitent plutôt bien, ainsi Pépère a autant de mémoire qu'une escalope de poulet, mais nous reconnaît parfaitement (ah vous pensez qu'une escalope n'en serait pas capable ? Peut-être. Soit.), est gentil comme un coeur, souriant, sifflotant, et plein d'humour.

Mamy, forte femme, a eu une santé faite du même fer que son caractère pendant des années. Et puis il y a quelques années elle a fait un gros AVC, on a cru la perdre, et puis elle a récupéré, comme elle a pu. Ils ont retrouvé leur quotidien presque normal, si ce n'est que Mamy en est ressortie bougrement fragilisée "moralement". Elle refait probablement régulièrement des mini-AVC, et surtout, au moindre grain de sable dans les rouages de sa routine, elle panique, s'enerve, perd pas mal la tête, radote à toc... Donc ils s'en sortent avec 5h d'auxiliaire par semaine et la présence régulière de deux de leurs filles.

 

Une petite fin de vie pépère donc (et mamy), comme on leur souhaite, dans leur grande maison meusienne, au grand et beau jardin.

 

Et puis un jour, un grain de sable qui ressemble plutôt à une caillasse et annonce la chute libre. Lequel ? Je vous le demande ? Hé bien oui, bingo, rien de plus original qu'une vulgaire chute et la Mamy se casse le col du fémur, comme n'importe quelle Mamy quoi.

 

Alors je vais passer vite sur l'opération, les complications, les 2 mois d'hospitalisation déprimants au possible, à devoir gérer une Mamy paniquée, à la tête en vrac total, et un grand père qui va certes de bon gré partout où on l'emmènera (qui sera finalement hospitalisé avec ma grand-mère, pour leur bien-être très relatif). Et ma mère et ma tante qui s'épuisent à leurs côtés.

 

Je vous avouerai que je n'y croyais plus du tout, mais au bout de 2 mois, la question du retour à la maison s'est posée. Dans leur état d'angoisse et de désorientation, c'était quitte ou double : soit on se rendait compte que ça n'était plus possible, soit ils retrouvaient leurs marques, leur calme et leur tête.

Bingo ça a marché. Enfin couçi couça bien sûr, ma grand-mère qui devait récupérer en 10 jours a encore beaucoup de mal à marcher, même avec déambulateur, et s'agace beaucoup d'avoir toujours un "garde du corps", si bien que dès qu'elle est seule plus de 30 secondes, elle envoie valser son déambulateur, fait quelques pas seule... et tombe (déjà 3 fois depuis son retour...).

 

Les gardes du corps c'est ma mère, c'est ma tante, (des jours et des nuits) désormais à bout de souffle et de nerfs, et quelques heures d'auxiliaire de vie. De plus en plus d'heures, l'association embauche pour eux des gens, puis d'autres gens, et encore un peu...

Il y a quelques semaines, je suis donc retournée les voir dans l'antre de mes vacances enfantines. Effectivement, ils ont pris un coup de vieux, évidemment c'est pas joyeux joyeux, mais ma grand-mère répète en boucle "Mais qu'on est heureux d'être ici ! Tant qu'on est tous les deux, on est heureux !". Ouf, toute l'énergie dépensée pour les retaper aura donc servi à ça, victoire.

 

De retour, j'en parle à ma mère : "C'est super, les grands-parents sont heureux, mais maintenant il faut vraiment qu'on leur fasse embaucher plus de monde, 24/24, comme moi, pour vous libérer enfin !"

"Oui mais ils ne peuvent pas, ça coûte cher ! Le premier mois, des auxiliaires à mi-temps ça leur a coûté 4000€, ils ne peuvent pas continuer comme ça !!" (Ils ont de bonnes économies heureusement)

"Mais il faut absolument accélérer la réévaluation de l'APA, il n'ont plus besoin de 5h par semaine mais de 150 !"

 

Il paraît que le dossier est en route, on attend le verdict. "L'experte" venue les évaluer a paraît-il bien compris qu'ils avaient besoin d'aide constante, ouf, alors espérons que ça ira vite. (Ca fait 2 mois qu'ils sont rentrés, un mois que le dossier est envoyé...)

 

Le soir, la question me tracasse et je fais une recherche sur l'APA. La bonne idée.

Le montant maximal de l'APA est de ... 1200€. Ouch. Et puis bien sûr c'est un grand maximum hein, si vous touchez une retraite, faut pas déconner, on vous donnera pas tout.

 

Pour ressituer les choses, moi j'embauche des auxiliaires 24/24. Je reçois à la louche 6000€, dont 4000 repartent en salaire, et 2000 en charges. C'est le strict minimum, puisque j'emploie directement (CESU), je n'ai pas de frais de fonctionnement, contrairement aux assoc qui envoie les auxiliaires aux personnes âgées, qui coûtent quasi le double.

Je sais savourer ma chance, parce que ça n'a pas toujours été le cas, j'ai aussi pris mon indépendance à une époque où on m'accordait 3h par jour. Alors bidouillage, aide contre hébergement, appel à du quasi bénévolat, en touchant du bois pour tomber quand même sur des gens fiables. Mais le système D qu'on vit comme une aventure à 22 ans, qui oserait le proposer à 85 ans ?! C'est aussi inenvisageable que dangereux.

 

Alors voilà, la situation s'est arrangée pour moi il y a 5 ans, et je pensais que c'était tout simplement gagné. Mes grands-parents ont besoin d'aide pour finir sereinement leur vie au bord du Vidus, et je pensais naïvement qu'il suffisait de le signaler.

En fait non. Ce beau retour à la maison pourrait n'être qu'une illusion, et il faudra peut-être bientôt annoncer "Tu es bien chez toi Mamy, ça se passe bien, mais tu coûtes trop cher, alors on va te trouver une jolie chambre en maison de retraite." C'est ignoble.

 

Le seul espoir, c'est que, même 4 mois après sa chute, ma grand-mère continue à progresser, et marchera peut-être, un de ces 4, juste avec une canne... Alors on pourra peut-être bientôt les laisser un peu seuls tous les 2 quelques heures, en espérant qu'elle ne tombera pas, qu'ils ne feront rien de dangereux, qu'ils ne laisseront pas le gaz ouvert... A moins que ça ne soit encore la solution la plus heureuse pour eux...

 

 

 

 

 

 

(Le titre fait référence à l'avant dernier bouquin de William Réjault, "Maman est-ce que ta chambre te plaît" qui est vraiment, vraiment très bon, et pas seulement parce que c'est lui)

Par Céline à 14h21
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