Blogothon : on y pense 30h, et après ?!

Publié le par Céline à 21h40

Marie m'a demandé « Une question : Téléthon, 30 heures pour y penser, 363 jours et 18 heures pour oublier, je voudrais avoir ton avis avisé ! De quoi faire un article non ? »

 

Probablement oui. J'ai déjà dû l'évoquer quelque part, mais nul n'est censé connaître par coeur toutes mes archives, et au pire je ne le dirai peut-être pas de la même façon.

 

2 jours pour y penser, 363 pour oublier (oui j'arrondis ^^) ?

Hé bien oui, et ça me va bien comme équation !

 

Je serais bien égocentrique de vouloir que l'humanité pense à mon problème chaque jour. Et puis surtout, honnêtement, qu'est ce que ça me saoulerait !!!

 

Attends, soyons clair, là je ne parle pas de quelqu'un qui allumerait la télé 5 minutes, se dirait « oh les pov's enfants », ferait un gros chèque, puis éteindrait la télé, serein, avant de nous regarder de travers, dès le lendemain matin, dans la rue. Il y en a probablement, des comme ça, mais ceux-là ne m'intéressent pas. Quoique, si ils banquent c'est toujours ça de pris ! ^^

 

Moi je pense plutôt à l'être humain de base. Qui n'a pas forcément de handicapé dans son entourage proche. Pendant 30h on lui en sert sur un plateau (dans tous les sens du terme ^^). On lui explique le handicap, ses origines, ses conséquences, et en même temps tous les domaines sur lesquels le handicap n'a pas prise. Oui, regarde ce malade qui vit, qui rit, qui étudie, qui travaillie (oui y a un i en trop mais c'était pour la rime ^^). C'est d'un être humain dont on parle, pas un gros con, donc il est touché. Il découvre un univers, compare avec le sien, cogite un peu. Et puis le lendemain, dans la rue, rien n'aura fondamentalement changé. Mais mon être humain, en me croisant, n'aura pas le poids de l'ignorance et donc de la peur, et ça, ça se sent. Et finalement ça change beaucoup.

 

Je pense mon entourage aussi. Mes proches ne me considèrent absolument pas comme étant handicapée (encore heureux !). Pendant le téléthon, je prends comme une trahison qu'ils ne regardent pas le téléthon, parce que c'est cette part de ma vie quand même énorme, que j'mtouffe toute l'année, et qui ne demande que ces quelques heures pour s'exprimer. (En même temps, je leur en veux pas longtemps si ils zappent hein, je les comprends bien ;-))

 

Pour être honnête, moi aussi j'y pense pendant 30h, et oublie le reste de l'année.

Bien sûr je ne peux pas tout oublier, la maladie ne se met pas dans un coin du corps, comme dans un coin de la tête. Mais ce que j'oublie c'est le côté négatif et « extraordinaire » de toutes ces contraintes quotidiennes. Je les vis en les intégrant naturellement à une vie que je considère comme tout à fait ordinaire. Et pendant 30h, au tintement de ce générique, je prends conscience de plein de choses. Ca peut paraître ridicule à dire, comme ça, mais je suis pas plus maline que l'humain lambda moi, je me dis ohlala, les povs choux, c'est pas facile leur vie quand même, et pourtant ils s'en sortent ! Et puis merde, j'ai aussi ce genre de contraintes. Du coup je m'en sors peut-être pas si mal !

Vivre avec l'esprit valide, des objectifs équivalents à ceux des valides, c'est essentiel, c'est vital. Une fois par an, se dire « finalement j'ai peut-être un peu de mérite quand même », c'est vital aussi. Réaliser que mes journées, même si elles ne sont pas remplies de soins, sont quand même dictées par le handicap. Parce que rien ne se fait rapidement, se lever le matin, au plus vite, prend 1/2h, pas moyen de « sauter dans ses vêtements » en 5mn en cas de retard. Parce que boire implique de s'installer à table, se faire ravancer un bras puis l'autre, et déposer le verre en équilibre. Peu de choses se font sans y penser, en faisant autre chose. Parce que se dire « tiens je vais poser mon playmobil là, sans demander à mon assistante, autonome ! » implique de décomposer chaque mouvement, de faire une pause entre chaque geste, et de finalement, mettre 1/4h au lieu de 2 secondes ½.

Ca implique aussi des petites victoires quotidiennes, là où chacun ne voit que normalité, banalité, mais une fois par an, je me pose, et je prends conscience que chaque objectif réalisé de ma vie n'en est que plus beau. Chaque objectif échoué me déçoit infiniment. Mais une fois par an, je me dis que finalement, j'ai bien des raisons d'échouer de temps en temps.

Alors le 9 décembre, et pour 363 jours, j'oublierai, et je m'imposerai des objectifs, l'air de rien, de valides. Parce qu'il le faut. Pendant 30h, j'y pense.

 

Faisez comme moi, pendant 30h, pensez-y, faites l'effort d'y penser pour de vrai je veux dire. Et après, vite, je vous en supplie, oubliez !

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F
Voilà un article UNIQUE, en fait mon article préféré c'est pas l'autre... Mais bien TOUS (avec celui-ci en premier quand même). Tu as le don de retranscrire avec les mots les plus adéquates, ce que nous ressentons tous ! Merci Céline.
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C
<br /> Merci à toi ^^<br /> <br /> <br />
R
Beaucoup de valides croient que s'ils étaient handicapés, ils ne trouveraient peut-être pas en eux ce courage d'accomplir des gestes quotidiens, tout en gardant l'esprit positif. Une amie handicapée a répliqué un jour à un valide qui lui avait dévoilé cette réflexion : mais réfléchis deux secondes, si tu étais né handicapé, tu y arriverais, puisque ce serait ta vie. CQFD.<br /> Et puis, l'humour, c'est dans ta nature, une grande richesse.
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C
Et même si tu le devenais, personne ne peut prédire sa réaction !
M
Analyse très juste et toute en nuances, comme d'hab !Je souscrit à 100% :-)Vive nous, pour 30 heures !!!
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C
Ouais, vive nous !
J
J'ai beaucoup aimé ta note, je t'emprunterai à l'occasion et si tu le veux bien le "vivre avec l'esprit valide", oui tu as raison, de temps en temps il faut savoir réaliser que nos réussites vont se nicher dans des exploits qui pourraient paraître insignifiants alors que pour nous c'est énorme et que nous devons, nous pouvons en être fiers de temps en temps, aussi pur supporter les fois où on en aura ras-le-bol de ne pas pouvoir enfiler un gilet ou ..... dévorer le chat qui vous bouffe les pieds (excuse-moi mais j'en ai ri, je peux, j'ai vécu la même chose avec un châton ... interminable et trés douloureux !! et toi tu l'aimes encore ton chat ??? !!!) Ma dernière victoire ? un déplacement à Lyon, toute seule pendant 3 jours, 600 bornes et pas d'auxilliaires de vie par choix, j'en ai bavé mais ... je l'ai fait, tiens t'as raison on va se faire 30 heures d'auto-congratulations ... alors c'est ton tour !
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C
Tu peux me l'emprunter pas de souci, j'ai pas de copyright ! ^^Et sinon félicitations pour ta victoire ! :-D Les miennes ne sont pas aussi énormes (sinon c'est 3 jours sans boire sans manger et sans pisser ^^) mais je sais bien qu'elles ont le même goût... :-)
I
Faut avoir un morale d'enfer pour assumer sa maladie.Je regarde le telethon j'y suis sensible.Biz'
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C
Comme tu dis, il FAUT avoir ce moral d'enfer. C'est pas vraiment un choix, on fait comme on peut pour garder la tête hors de l'eau, c'est tout !