Téléthon : une guerre ? Où ça ?

Publié le par Céline à 11h43

C'est parti pour 30 heures de direct, pour informer et solliciter le citoyen. Comme chaque année à cette époque, le téléthon revient. Oui, pour les distraits ou les nouveaux, je rappelle que je suis concernée, car atteinte d'une amyotrophie spinale infantile (Ou ASI, ou SMA, c'est dingue tous les petits mots doux qu'on peut lui trouver ! :-)). Bon, je ne vais pas recommencer tout ça : ma maladie, ma vision du téléthon, j'en avais fait un speech l'année dernière, et je ne crois pas trop avoir changé d'avis, allez donc relire ça si vous êtes perdus.

Non, ce qui m'inspire un billet ce soir, c'est autre chose. J'ai écouté le lancement, et ce jeune, Julien qui est promu cette année « mascotte » du Téléthon. Waouh, c'te classe, je l'envierais presque. J'ai dit presque, hein ?! Non mais je déconnais, arrêtez ! Bref, on se reconcentre.
Il a une bonne bouille ce jeune, il s'exprime pas trop mal et il a des idées. Il a sa philosophie (emprunte de Japon) à laquelle s'accrocher, et c'est chouette. C'est vraiment chouette pour lui, c'est juste que je ne la partage PAS DU TOUT sa philosophie ! :-D Le problème c'est que c'est cette idéologie (ah les grands mots !) qui va être transmise au public cette année. Remarquez c'est pas vraiment nouveau, ça fait longtemps que j'entends ces termes, mais là c'est encore plus marqué. (J'y viens, j'y viens !)
 


Cette année le slogan c'est « Toi et moi en guerre contre la maladie »
Qui ? Moi ? Ou toi ? Ah les deux ?
Ben non merde, faites l'amour, pas la guerre !
Non, je le concède, « faire l'amour à la maladie » c'est une idée assez particulière... Quoique.

Il paraît qu'il faut la combattre, l'exterminer, qu'on est des guerriers, des combattants... Bouuuh mais c'est quoi cette histoire ?
Combattre la maladie... Je comprends pas cette image. La maladie, ce n'est pas une bête qui rode autour de moi, qui plane au dessus de moi. Non elle est EN moi, elle est en partie moi, elle a contribué à me faire. Quelle personne serai-je sans elle ? Peut-être ni pire ni meilleure, mais une autre, c'est sûr.
Alors qu'on ne se méprenne pas, m'en débarrasser, j'adorerais, bien sûr ! Ou en tout cas, l'empêcher de grignotter un peu plus de terrain encore. Mettre le hola me conviendrait déjà amplement.
Mais mener une GUERRE contre ma maladie ? Ca serait comme me planter une épée dans le bide, Hara Kiri puisque Julien aime cette culture. Ou un genre de cancer, les cellules attaquant leur propre corps... Non merde, j'ai ma dose, pas un cancer en plus ! :-)

J'arrive pas à scinder aussi nettement « moi » et « la maladie ». Je ne suis pas une suite de facettes, je suis un tout.

Ca me fait penser à ces gens, malades ou proches, qui disent « refuser » la maladie.
C'est un peu facile ça ! On se renferme sur soi, on arrête d'avancer sous pretexte qu'on ne « veut pas » ! Qu'accepter serait se résigner !
Je suis navrée de leur dire que c'est tout le contraire ! C'est aller de l'avant ! Puisque de toutes façons on a pas le choix. Les cartes de départs sont ce qu'elles sont, bonnes ou mauvaises faut faire avec. Y a pas moyen de piocher ! Comme dit l'adage, si on sait bien jouer, on peut faire des merveilles avec un mauvais jeu de départ ! Le tout est de savoir les exploiter comme il faut.
Et puis vient un moment où ces gens là doivent « accepter » la maladie... Mais moi je serais curieuse de savoir QUI leur a posé la question. Sur quelle feuille ils doivent cocher « j'accepte » ou « je refuse ». Un VRP, débarque un jour chez eux ? « Bonjour monsieur, j'ai une galère à vous vendre, ça va vous couter très cher, vous allez dépérir puis mourir, je vous le conseille vivement, mais vous n'êtes pas obligé de me répondre tout de suite, prenez le temps avant de refuser ou d'accepter ! » Personnellement ça n'a pas été le cas. Alors je fais avec, point !

Je n'ai pas de colère en ce qui concerne ma situation. Aucune. J'ai franchement pas d'énergie à perdre avec ça !
Ca me rappelle une émission récente. Un homme était handicapé. Sa femme disait « je ne lui montre pas que je suis en colère contre sa maladie, mais il le sait peut-être ». Et Salwa me dit « ben oui, évidemment hein ! »... comme si la colère était inévitable... Ben non, pas chez moi ! La colère ne sert tellement à rien, c'est un boulet bien inutile...
De la rage oui. Mais uniquement une rage qui me pousse en avant. Une rage de vivre, de vivre bien, mieux que prévu. C'est ça « accepter », c'est quand le vent nous pousse en avant, pas quand le nuage noir de la colère nous surplombe constamment. Et ça, c'est un moteur incroyablement positif.
Je ne combats CONTRE rien, ni personne. Si je lutte, c'est POUR un but.

Non, ma vie n'est pas un champ de bataille, mon quotidien n'est pas une guerre, et par conséquent je ne suis pas « courageuse » (merci !).
Ma vie, c'est un défi. Avec et pour moi même. Un défi qui me tire vers le haut. Rien d'autre.
 
Je ne sais pas si la nuance est claire, pour moi elle est essentielle.


Alors cette guerre contre la maladie, faites-la donc, moi je déserte !
 



Audioblog :... Le déserteur, de Boris Vian ! :-)
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Publié dans celinextenso

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S
Je découvre ton site, et cet article, par les hasards des recherches ...<br /> Et je suis bien d'accord avec toi. Quand on a une maladie, surtout dès la naissance, elle fait partie de nous, on ne la combat pas ... on vit avec, et on est souvent fort. Surtout si  nos parents, ou l'entourage ne nous couve pas. A l'hopita, j'ai vu des guérisons aller vite, ou ralentir, quand un gamin était couvé ... ou considéré "normalement".<br /> C'est ce qui m'est arrivé. Je n'ai pas une maladie combatue par le téléthon, mais l'une guérie, l'autre que j'aurais toute ma vie. Et je suis persuadée que c'est grace à elles, que je suis forte aujourd'hui. <br /> avoirune maladie, c'est quelque part cherché à se surpasser pour faire au moins aussi bien que les autres dans la vie. <br /> C'est bien sur pas aussi carré que cela. Mais sans volonté, il y a des choses que je ne ferais pas aujourd'hui. Et que je suis fière de faire.<br /> Comme chacun d'entre vous qui vivez aujourd'hui.<br /> Je me suis permise de mettre un lien vers cet article, dans un article à paraitre. J'espère que cela ne vous dérange pas ;-)<br /> Bonne journée,<br /> Sophos
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C
Bien sûr que ça ne me dérange pas ! :-)Merci Sophos pour ce message, c'est vrai que sans souhaiter la maladie (faut pas être maso ! :-)), c'est aussi souvent source de force...A bientôt,Céline
C
Bonjour Céline,<br /> Je vais peut etre être maladroite mais bravo pour article. Je pense que si plus de personne avait ta façon de penser, les gens seraient plus heureux et profiteraient plus de la vie au lieu de se prendre la tête et à ruminer sur la maladie.
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C
Mais non y a pas de maladresse qui tienne ! :-)<br /> Merci ;-)
F
la recherche c'est qd même bien utile pour les tous-petits, comme tu le dis dans ton post de l'an dernier sur le téléthon. <br /> Faut pas oublier que le but 1er du téléthon c'est récolter des sous pour cette fameuse recherche. :) d'ailleurs elle avance, elle avance... (faut pas être trop préssé non plus :p) <br /> ce serait bien qu'on puisse guérir. (espérance qd tu nous tient ;) )
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C
Evidemment que "ça serait bien", jamais je ne nierai ça...<br /> Mais effectivement, si elle pouvait avancer un peu plus vite, ça serait pas mal aussi...
P
Je suis bien d'acccord avec toi sur pratiquemnt toute la ligne, mais je trouve pas que le thème de la guerre soit nouveau au téléthon ou spécifique à la mascotte de l'année . Tous les ans au téléthon on nous ressert les thèmes de la guerre, du combat et autres mots violents; etc... même dans les publications sur les actions de l'afm, j'ai remarqué que les mots relatifs à l'action ou la recheche étaient souvent remplacés par des termes relatifs au combat. Sans faire de psycho de supermarché, tu devineras que je soupsonne que l'association ait été et soit plus marquée par le comportement et la personalité de parents qui n'accptent pas le handicap ou le décès de leur enfant que par les personnes handicapées elle même qui simplement vivent avec. <br /> Ceci dit, je ne rejette pas tout en bloc et tiens toi bien j'ai participé au téléthon cette annnée en faisant le clown au TGP ! <br /> Plutot que de glorifier le mérite de ces petits guerriers myopathes, ils feraient meiux de reconnaitre le dévouement, la peine ou le coté héroique de leur parents au téléthon !
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C
Bon, hé bien on est complètement d'accord alors, puisque si tu avais lu pour de vrai ce que j'écrivais (niark niark niark), tu aurais lu "Remarquez c'est pas vraiment nouveau, ça fait longtemps que j'entends ces termes, mais là c'est encore plus marqué."<br /> M'enfin Père-noël, quand même, toi ? Participer au téléthon ?... Permets moi de poser ma main sur ton front pour en vérifier la température ! :-D Tu m'épateras tjrs !...<br /> Allez, moi je te propose comme mascotte pour l'année prochaine !<br /> "Ilétypa mignon et courageux ce pôvre papa... C'est très dur monsieur, ce combat que vous menez hein ?... :-) Vous auriez un numéro de téléphone à rappeler à nos généreux téléspectateurs ?... Mais non monsieur, pas le vôtre, enfin !"<br /> (T'es incorrigible, vraiment...)
M
Bonsoir Céline !<br /> Toujours aussi lucide à ce que je vois. Bravo ! <br /> Effectivement, la vie nous donne des cartes, et il faut faire avec. Nier n'est pas une attitude constructive, la seule qui assure est celle que tu as choisi. <br /> J'ai la chance d'être bien portant (enfin, il me semble) et n'ai jamais eu à lutter que dans des moments de rééducation suite à diverses fractures (je crois que mis à part mon bras droit, tout le reste y est passé !). Cela est réversible (quoique j'ai quelques séquelles), pas comme certaines maladies. Je ne veux pas faire ici de comparaisons disproportionnées, mais tout simplement dire qu'au-delà de la maladie, reste effectivement l'aspect social des choses. Ayant circuler presqu'un an en béquilles, j'ai pu mesurer l'anadaptation de l'environnement urbain et le menfoutisme des valides. Alors récolter du fric, c'est bien, mais cela ne dédouane en rien les services techniques municipaux ni le donnateur qui se couche fier de lui le soir du téléthon après avoir téléphoné. J'allais dire c'est un "combat" de tous les jours ; mais non, c'est simplement une attitude digne qu'il nous faut, tous, avoir, pour que chacun vive bien, et encore plus ceux que les hasards parfois merdiques de la vie ont blessés plus que d'autres. <br /> Mais il apparait souvent qu'un handicap développe d'autres qualités... Tu en est un bel exemple ! <br /> Et moi qui regrette la place Stanislas en ces heures de pain d'épice et de vin chaud, je te souhaite une heureuse St Nicolas (faut être Lorrain pour comprendre !).
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C
Merci pour ton point de vue ! Je mettrais juste une nuance sur le j'm'enfoutisme des valides... :-)<br /> Sinon je penserais à toi au prochain vin chaud ! :-)<br /> Bonne St Nicolas à toi... Doublement ! :-D