Père Noël commentait ainsi mon article "Ma liberté" :
Si je peux me permettre, je ne sais pas si cela est publiable, mais j'ai le sentiment que tu n'as pas complètement répondu (ou alors c'est juste moi qui ai encore des questions) sur la fin du commentaire de Alain "comment évolue ta relation à tes parents. Comment perçois-tu ton rôle en ce domaine (t'affranchir de leur éventuelle protection, voire surprotection)"
Enfin tu te doute qu'en tant que père Noel je me pose aussi plein de question vis a vis des petits enfants dans ton cas. Comment ne pas surprotéger ces petits bouts tout en leur assurant un avenir correct ? Comment ne pas les faire se sentir dépendant de leur parent ? Comment leur donner cette sensation avant l'installation de leur premier sapin de Noel chez eux ? Comment faire évoluer cette relation de dépendance tout en leur assurant une sécurité dont ils ont besoin. Et comment en tant que père ne pas me sentir trop dépendant d'eux ?
Quelle liberté cette dépendance va t elle me faire découvrir ?
Bon, tu m'exuses j'ai du boulot en ce moment
Oui oui c'est publiable (ma famille sait que j'ai un blog mais ne le lit pas, sinon ben c'est à leurs risques et périls ^^), juste que je trouvais que mon article se suffisait à lui même.
Je pense que mon détachement face à leur (sur-)protection était transparent ! :-)
C'est vrai que quand j'écris, je visualise plus mes "petits valides naïfs" que les "parents de petits n'ASI aware" qui suivent mes aventures. Parce que oui, chers amis, le père noël est papa d'une petite n'ASI ! C'est du scoop hein ? Même que le père noël est lorrain, je le connais bien ^^ (voilà, ça c'était juste pour faire des jaloux, c'est fait.)
Autant je peux faire état de ma vie, mon expérience, autant je me vois assez mal vous donnez des conseils, jeunes parents. (oui c'est rare que je te traite de "jeune" hein ? Disons que c'est mon cadeau de noël !)
Alors d'autant plus sur ce sujet, les relations parent-enfant sont influencées dans nos cas par le handicap, mais aussi par l'ambiance familliale générale et les caractères particuliers de chacun.
Moi je ne suis pas famille, et ma famille pas trop non plus. Ca c'est un fait, mais qui ne vient pas forcément du handicap.
Je crois que j'ai juste un sale caractère à la base, et je n'accepte pas qu'on me dise "voici des gens qui ont le même sang que toi, tu dois donc les aimer". Alors parmi ces gens-là, il y en a que je choisirai d'aimer (mais peu, ils partent avec un handicap : ils sont de ma famille !), au même titre que je choisis mes amis, ça ne se fait pas à la légère.
Maintenant, que répondre à tes interrogations de papa-noël-poule ?
La relation est forcément biaisée quand la dépendance s'y glisse. On ne se détache pas de la même manière quand c'est maman qui continue à torcher les fesses à 18 ans. J'y pense, c'est peut-être aussi pour ça que je me "détache" de tout ce qui est famille. "Ok, j'ai besoin de toi physiquement, mais pas dans ma tête". Peut-être.
En même temps, je ne sais pas si une autre solution est envisageable dans l'enfance. Je n'aurais pas voulu que quelqu'un d'autre que ma mère s'occupe de moi : des passages d'infirmières ou d'auxiliaires pour toilette / habillage / coucher, c'est arrivé quelques fois mais c'est une grosse intrusion dans la vie familiale, pas forcément souhaitable. Avoir quelqu'un spécialement pour m'aider (une auxiliaire en journée) aurait marqué encore plus mon handicap, aurait modifié mes rapports avec mes copines, bof...
Mes copines, par contre, faisaient très bien les assistantes en journée, même en primaire, personne d'autre qu'elles ne m'aidaient ! :-) Ca c'était déjà une certaine liberté, encore une fois dans la dépendance.
La seule chose que je pourrais "conseiller" c'est de projeter la fille du père noël (pas trop fort non !) et les autres dans l'avenir, mais ça je sais que vous le faites à merveille, toi et les autres.
Je ne repproche pas du tout à mes parents de ne pas l'avoir fait, mais je pense que c'est l'époque qui veut ça !
Il y a 27 ans j'ai été considérée comme la petite fille malade, mourante, fragile, sans avenir... Par mes parents, et la famille élargie par ricochet. Aujourd'hui, vous savez bien qu'un avenir est possible.
Même si au fil du temps, la réalité s'est imposée, mon avenir s'est construit, je pense que cette idée reste ancrée quelque part au fond du cerveau. Pas du mien hein, du leur ! :-)
Les restes de dépendance sont dans leur esprit, le mien n'en a plus la moindre miette... :-)
Les repas de noël n'ont fait que me le confirmer, j'ai l'impression de n'avoir rien en commun avec ma famille (en ratissant large). Je pense qu'ils me connaissent moins bien que quiconque. Je suis la pauvre petite Céline. "T'as une gamine qui a besoin d'être couchée !" ai-je entendu cette année. Et aussi une cousine qui me dit "Ah des rochers, j'adore ça ! Y en avait dans le placard de mamy, mais on avait jamais le droit d'y toucher, c'était pour toi"... Oui je crois bien que je suis la préférée, et je déteste ça. Je ne suis ni la plus grande ni la plus petite, juste l'handicapée. Qu'on m'aime je veux bien, mais pour de bonnes raisons.
Cette même mamy qui faisaient prier mes petites cousines, non pas pour moi mais presque, "pour les petits enfants handicapés qui n'ont pas la chance comme Céline d'avoir des parents aussi merveilleux/courageux"... Mouais.
Mes petits cousins n'ont pas forcément pitié de moi, mais une aura particulière doit traîner autour de moi...
Et cette autre grande cousine qui m'avait demandé "Mais tu as ta sensibilité dans tes jambes ?" et qui ensuite était allée s'en glorifier à sa mère "oh je suis contente, j'ai un peu pu parler de son handicap avec Céline" Ooooooh bordel, ça fait 27 ans qu'on grandit "ensemble" et il a fallu tout ça pour poser une question aussi bateau ?!!! Mais merdeuh.
Oui, si je me sens aussi peu proche de ma famille, c'est probablement parce que c'est là que j'y retrouve le plus ce sentiment d'appitoiement que je déteste. Je pourrais me mettre en chantier pour leur démontrer qui je suis réellement, mais la tâche est trop lourde et ne m'intéresse même pas. Alors pendant les réunions de famille, je subis, je reste dans mon coin, comme ça je colle à l'image qu'ils ont de moi, ça arrange tout le monde... :-)
Bref voilà père noël, je te le rappelle, je brosse juste mon tableau personnel, avec ma mauvaise humeur évidente. Généraliser nuit à la santé.
On est en 2006, je ne m'en fais absolument pas pour Lulu, Juline, Timothée, Jade, Axel, Paul et les quelques autres dont les parents me liraient... :-)
Les esprits ont changé, et je vous vois à l'oeuvre, vous assurez un max ! ;-)
Je t'avais bien dit que j'aurais pas de conseil.
A part raconter ma vie, je sais pas faire grand chose ^^
Audioblog : "La fille du père noël" du Dutronc bien sûr ! et "Né quelque part" de LeForestier.
Bon courage :-)