Tous les toubibs ne sont pas des enflures, non.
(Pas tous)Oh dans ma longue carrière de "patiente", j'ai dû en voir des enflures, mais mes parents en ont sûrement plus pâtit que moi. De ma mémoire de mioche, il ne me reste qu'un paquet d'anges gardiens qui m'ont veillée.
Et pourtant il ne m'ont pas que bichonnée ! :-)
Je me suis fait opérée du dos 5 ou 6 fois (5 1/2 on va dire, puisque la première fois, la grande délicatesse des infirmières à me manipuler avait cassé le matériel, j'ai donc eu droit à un deuxième tour de manège gratuit ! Après cette redite, un panneau indiquait au dessus de mon lit "PAS TOUCHE OU T'ES MORT !" ou qqch comme ça ! :-))
Interlude technique pour les curieux : pour cause de scoliose (colonne vertébrale s'affaissant en S, faute de muscles suffisants), on me mettait une tige métallique, comme un "tuteur" fixé en haut et en bas, à changer ou rallonger chaque année pour me permettre de grandir, jusqu'à 11 ans où on m'a tout soudé, ça peut plus bouger !
Je suis pas géante mais ça m'a permis de gagner qd même 14 cm et de mesurer un honnorable mètre soixante. Fin de l'interlude.
Oui mais voilà, séchez vos larmes, parce que : j'avais à peine 6 ans pour la première ! Nooon, non, j'ai dit rangez vos mouchoirs, parce que à 6 ans tout est jeu ! J'en garde presque des souvenirs de vacances ! :-) (Mais personne n'a pensé à prendre de photos pour remplir l'album, étrange ! :-))
Bon, débarassons nous du négatif, j'en garde quand même quelques mauvais souvenirs :
- Les premiers jours en réanimation, quand on ne peut pas parler (tuyaux dans la gorge), on ne peut pas bouger (des perfs à chaque bras, + la faiblesse), et qu'on est seul la nuit, à essayer désespérément d'appeler. Pour parer à ce grand moment de solitude, on m'avait confectionné un système de vis et autres ferailles dans un gobelet, fermé par du sparadrap. En le poussant à terre, ça devait faire suffisamment de barouf pour alerter les veilleurs... Sauf que les vis se sont sagement et solidement collées au sparadrap ! :-D
- Pas de douleurs de l'opération en elle-même, mais la galère pour trouver mes veines, me refaire une enième prise de sang/perf... Et la conséquence aujourd'hui, mes
trop fréquents évanouissements ! :-) (Dont j'ai décidé de me débarasser. Oui je sais, ça se décide pas comme ça, hé ben si ! Na !)
- Le moment juste avant l'opération. Entreposée sur un brancard, juste vêtue du drap vert, badigeonnée de bétadine. Seule sous les néons, pas encore bien réveillée, prête à me "faire rendormir", sans aucune notion du temps... C'est carrément glauque, et sans y avoir jamais été (sans blague ?) la morgue ça doit ressembler un peu à ça.
Voilà, et le reste, c'est "que du bonheur" ! :-D Oui bon, mais à 6 ans, voilà, quoi ! :-)
La première année, j'ai eu le grand bonheur d'être en chambre collective, à 6. Il y avait Julian, qui était amoureux de Valérie, qui avait eu le pied écrasé par un bus, et qui me faisait des dessins, que j'ai encore. On organisait des grosses cérémonies de déclarations. On y chantait
"le facteur apporte une lettre, une lettre, une lettre, le facteur apporte une lettre, une lettre de mon bien aimé". Mais je crois que Valérie n'était pas super récéptive. Alors ce mini tombeur de Julian draguait les infirmières, et appelait langoureusement le soir "Blandiiiiiine... Blandiiiiiiine...". Les autres chambrées auraient bien voulu avoir un Julian elles aussi, c'est nous qui avions toute l'ambiance, un vrai show-man. :-)
Et puis il y avait Virginie, qui a révolutionné ma vie en me prêtant son infatiguable dictée magique ! "Epelle cycle. C'est inexact, essaye encore une fois. Eppelle cycle. C'est correct." Merveille technologique ! (Oui bon on est en 86 là :-))
Et puis y avait pas que Blandine, mais aussi Catherine, si douce...
Cette année là, j'étais en CP, et la classe m'avait envoyé une lette (
"une lettre une lettre"... Ah nan) collective, où chaque gamin avait glissé un petit truc (y en a ptet qui me détestaient dans le lot et qu'on a forcé, j'en sais rien ! :-D). Un bonbon, un élastique à cheveux, et autres babioles. Parmi les plus mémorables, Karima m'avait offert un petit accessoire en plastique bleu, pour séparer le blanc du jaune d'oeuf ! (j'avais ADORE ! :-D) Et Jonathan m'avait offert... un kleenex ! :-) (oui oui, un ! :-D)
Et puis les années suivantes, après les petits aléas techniques de la première fois, ma mère a préféré rester avec moi, en chambre mère-enfant donc. Bon, c'était un peu moins fun, forcément, mais plus confortable. Et puis chaque jour j'avais droit à un cadeau ! Pas un vrai cadeau hein, des petites babioles à 5 francs (oui, 1986 :-)), mais quelle surprise chaque matin de découvrir un drôle de porte-clefs, un stylo à paillettes... :-)
Je voyais quand même d'autres gamins quand Brigitte nous réunissaient pour nous faire l'école. C'était la récré pour moi, même si je m'ennuyais souvent un peu :-) (j'étais absente de l'école un mois, dont 2 de vacances, donc pas de problème pour suivre)
Et puis j'avais des visites pas mal, bien sûr. Et puis la chorale de l'école avait enregistré une cassette pour moi. Cerise sur le gâteau : à la fin, petit message de Gregory qui me disait "Céline, nous t'attendons avec impatience dans ta classe et dans l'école"... Est-ce qu'il est trop tard, Grégory, pour t'avouer que j'étais amoureuse de toi ? :-D (comme toutes les filles de l'école, oui je sais, bon... :-))
Bon, le but n'était pas de vous raconter mes années hôpital (je vais peut-être en faire un roman plutôt qu'un article ^^). Je voulais revenir à ces anges gardiens qui ont gravité autour de moi toutes ces années, qui m'ont donné les moyens de vivre.
Il y a monsieur L, qui m'a charcuté le dos avec amour toutes ces années. Même que c'est réciproque, et quand il récidive sur d'autres marmots, je peux pas ne pas m'exclamer "mais c'est MOOON chirurgien" ! (Sale gosse, oui je sais :-)) La première fois, c'était aussi une première pour lui, il s'est formé à cette technique juste pour moi. J'ai le regret de ne plus le voir depuis quelques années, puisque quand il commence à me tripoter le dos et parler technique... Ben oui, je tourne de l'oeil ! :-D Le laissant tout bouleversé... :-) Mais comme c'est une grande histoire entre nous, il m'a dit "mais si, tu reviendras, mais on parlera d'autre chose, des études, tout ça...". J'ai dû le faire une fois, mais bon faut pas abuser des bonnes choses... :-)
Il y a madame B, qui m'a infligé d'autres genres de tuteurs (corsets et attèles, et matos respi en tous genre). La main de fer, le gant de velours... Mais surtout l'humanité d'une grande dame... Elle m'a cueillie à deux ans, pleine de boucles blondes, et m'a confiée péniblement à d'autres à 18 ans, beaucoup moins Shirley Temple... :-) J'ai plus à être jalouse, elle est à la retraite maintenant... Mais que vont faire les marmots mal-en-point maintenant ?
A ce pot de retraite, j'étais invitée, et pour rien au monde je n'aurais manqué ça. Paraît qu'ils m'aiment bien là bas, tout le monde me l'a dit. Mais qu'est ce que l'inverse est vrai.
C'est peut-être idiot, on a pourtant pas partagé les meilleurs morceaux de la vie. Et puis c'était juste leur boulot. C'était juste un besoin pour moi. Mais au delà des tuteurs orthopédiques, les tuteurs qui comptent, c'est Mme B, c'est Mr L... Ces deux là sont des grands pontes, attention. Ces deux-là prennent pourtant le temps de parler, de dire, d'expliquer, de redire... Bien au delà de l'éthique minimum.
Je ne sais pas trop définir ce qui me lie à eux (enfin je viens quand même d'en faire 2 pages ! :-D). C'est comme une famille, le sang en moins. (Quoique, je leur en ai filé du sang ! :-D) Comme des aïeux, pour le respect. Comme des grands frères et soeurs pour la complicité. Comme des parents, que j'ai envie de rendre fiers de moi, sans doute plus que mes parents de sang. :-)
Je me sens une responsabilité, de faire quelque chose de bien de la vie qu'ils m'ont permis de mener dans de bonnes conditions. Je veux pas décevoir le regard confiant qu'ils avaient sur moi.
Je veux me marier, avoir des enfants, rien que pour pouvoir les inviter, comme un suprème merci à mes anges-gardiens... :-)
Désolée pour la longueur, félicitations à ceux qui sont arrivés jusque là :-)
Audioblog : L'auvergnat de Brassens, à défaut de trouver plus approprié... :-)
Un tout grand Merci Celine.
Grace à ton blog je me suis lié par le jeu des liens à une amitié virtuelle proche de chez moi.
Bises à toi et bonnes vacances.
Bien Cordialement.
J'en suis ravie :-)