Ni pauvre, ni soumise, ni incapable.

Publié le par Céline à 17h18

La semaine dernière, la France ne savait plus ou donner de la bourse ! Les chomeurs dans la rue, les handicapés en une longue procession, le sidaction sur nos écrans... Je ne vais parler que de ce que je connais : la marche des éclopés « ni pauvres ni soumis ».

On veut quoi ? Ben des sous banane !
Enfin « on », c'est vite dit. Le collectif exige que le montant de l'AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) soit calqué sur le montant du smic. Aujourd'hui à 630€ (730€ sous certaines conditions), il est sous le seuil de pauvreté. Alors « on » demande des revenus pour pouvoir vivre dignement.

Ah ouais. C'est le mot à la mode ça, vivre dignement, mourir dignement... Du moment qu'on parle de la dignité de l'Homme, respect, on moufte plus... Alors qu'il n'y a rien de plus personnel que la dignité.

Et visiblement, j'ai pas la même notion qu'eux.
La vie digne ça serait toucher le smic en restant le cul posé sur son youpala, sans jamais sortir de sa bulle ? Recevoir sans donner. Jolie la dignité.
Pour moi la vie digne c'est être dans la vie tout court, dans le mouvement donc dans l'échange. Dans le je donne donc je reçois. Avec les mêmes droits que tout le monde, mais aussi les mêmes galères. Et si je dois manger des patates pour faire des économies, je me sentirais mieux qu'en étant totalement assistée. La vie digne, c'est être considérée pour ma valeur, pas comme un poids dont on aurait pitié.

Alors moi je ne dirais pas « j'ai du mal à trouver du travail, donnez moi de l'argent », mais « j'ai du mal à trouver du travail, donnez moi DU TRAVAIL » !!!

Parce que bien sûr on a des difficultés hein ! Attention je dis pas que les handicapés sont tous des gros faignants profiteurs ! (non, pas tous... ^^)

Bien sûr que l'accès à l'emploi est plein d'embûches. Parce que face à un candidat valide, 9 fois sur 10 on ne fait pas le poids, pas par nos compétences, mais par simple a priori, par peur de complications (qui n'existent souvent que dans l'esprit de l'employeur). Egalement parce que le champ des boulots possibles est réduit. Quand on est handi, vaut mieux savoir faire tourner son intellect, parce que pour tout ce qui est manuel, c'est rapé. Même l'effrayant statut de « balayeur » qu'on brandissait aux enfants pas sages pour nous faire peur à l'école, c'est niet.

C'est pour ça que je trouve ça bien que cette allocation existe, et que j'en vis même. Parce que si j'avais plus de biscottos, je ne reculerais devant aucun « boulot de merde » qu'on fait quand on est jeune, pour se payer son indépendance. Bosser en usine, servir au macdo, ou caissière à Cora, je veux bien mais je peux point. Sans cette alloc, je serais chez mes parents à la campagne (voire en foyer s'ils n'étaient pas là), et quand l'autonomie est déjà limitée comme la mienne, c'est pas ce qu'on fait de mieux (tant concrêtement que psychiquement).
Non, moi on me demande des capacités, des diplômes, ou de l'expérience, et ça, ça prend du temps à acquérir.

C'est pour ça que j'accepte cette alloc sans trop de honte. Bien sûr c'est temporaire, un jour quand je serai grande j'aurai une fiche de paye ! Encore que ce n'est pas mon but premier. Sur le principe de « j'apporte quelque chose à la société, donc je mérite un retour », cette alloc me permet aussi de me faire de l'expérience en quasi-bénévolat. Donc, en attendant le bar-laverie (je n'oublie pas, c'est juste du long cours !), je « bosse » à nouveau là où j'avais fait mon stage de pseudo journalisme l'an dernier. Et je m'y éclate, et je multiplie les expériences, les contacts je me sens utile, capable, je vis. Provisoirement, ça me convient.

Mais y a pas que moi dans la vie, revenons au cas général.
Bien sûr, certains ne PEUVENT PAS travailler. Des personnes alitées, dont le quotidien de maladie est déjà bien assez épuisant pour y rajouter en plus une activité professionnelle. En ce cas là, je suis d'accord, donnons leur les chances de vivre décemment.
Mais il a aussi tant de personnes moins atteintes que moi, qui se laissent bercer par le confortable discours de pitié qu'on leur sert. Pour couronner le tout, travailler rien qu'un peu nous retire le droit à l'AAH, ou comment encourager les gens à bosser pour être perdants financièrement...
Quand je vois que ma tante, qui a un bout de pied paralysé, touche quasiment la même somme que moi, qui touche également la même somme qu'une personne alitée, je me dis que c'est là qu'il est, le problème.

Il y a tant de choses à faire...
Donnez nous les moyens d'être accompagné à chaque instant nécessaire, permettez à nos proches de nous aider en reconnaissant leur « travail », donnez-nous les moyens concrêts de sortir de chez nous (transports, accessibilité), et de montrer notre valeur. Compensez point par point notre handicap, n'en faites pas un sac de problèmes dont on achète le silence par une petite somme d'argent mensuel. Alors on reparlera de dignité.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

toinette 19/04/2008 11:07

J'ai aussi des mroplèmes d'handicap mais je n'ai pas le droit à l'AAH pour uhhne raison connu que par l'administration mais ce n'est pas grave. Je me bloque régulièrement de mon et de mon cou et tant pis. Je donnerai beaucoup pour pouvour retravailler mais mon dos me l'interdis. J4i de plus mon nerf sciatique coincé et ce n'est pas opérable, une chose me rassure je ne vis pas à la charge de la société mais à la charge de mon mari qui n'est pas non plus en formez mais qui travaille quand même, il est couvreur. De toute façon les handicapés ne sont reconnus par personne. A bientôt, Astrid

Céline 29/05/2008 21:57


Les injustices de traitement sont malheureusement trop courantes... Bon courage


Sifoell 13/04/2008 02:49

Contente de te revoir parmi nous, Céline, un pied en moins mais bien décidée à en découdre...Ton article est très intéressant et reflète à mon avis une bonne partie de l'opinion de personnes handicapées, le travail permettant non seulement de s'occuper mais surtout d'exister socialement, le fait de demander l'augmentation du "revenu d'existence" tend à un peu repousser l'idée du travail...Quand on voit aussi la frilosité des employeurs face aux zhandis...Bref, que de boulot !!!Sinon, si tu veux passer par le forum handicap et sentiments, qui a eu des périodes houleuses, le forum où a été débattu la question de l'augmentation de l'AAH a été supprimé, ce qui est bien dommage, car les discussions étaient trop vives...Sinon, la photo dédicacée de Cindy Sander, elle est sur ton frigo ?

Céline 13/04/2008 22:45


Oh supprimé carrément ? On y disait du mal du petit nicolas ou quoi ? :-D

Hum non elle n'est pas sur le frigo, mais effectivement elle est affichée dans un lieu IN-CON-TOUR-NABLE de la maison ! ^^


Serge 11/04/2008 17:19

Tu sais ce que je pense des Quetes a la TV.Telethon = telethunes.Je donne individuellement car je sais ou ca va,pas a des organisations.Sur ce Trés Cordialement à Toi Celine.Serge Piriou.

Céline 13/04/2008 22:38


Tu sais ce que je pense de tes commentaires hors-sujet.


Rick Caméléon 10/04/2008 17:09

Encore une fois, tu fais une analyse plus subtile de la situation que les instances officielles, lesquelles semblent réduire le problème à sa dimension pathétique : "regardez-nous, on est de pauv' z' handis, faut nous donner de l'argent".
L'important est de participer à la vie sociale, payé ou pas. C'est-à-dire, se bouger, tout simplement.
C'est vrai qu'il y a pleins de petits boulots possibles, en faisant preuve d'imagination et de bonne volonté.
Dans un de tes anciens articles, tu précisais qu'il existe des handis sympas et des handis cons, pareil que chez les valides.

Petit détail : je t'ai mis le lien vers la page qui m'est consacrée. Aidez les intermittents du spectacle, donnez-leur du travail !

Céline 11/04/2008 18:53


Bien d'accord, mais ce qui m'afflige c'est que là, c'est pas les "hautes instances" qui décidaient, ms bien les handis eux mêmes qui demandaient...

Vive les intermittents !


rodeo 09/04/2008 11:31

en effet c prive je t'envoie via mail les acces :)

Céline 11/04/2008 18:49


Bien reçu, merci ;-)