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(mais en vrai j'ai un peu grandi, hein...)

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Lundi 7 avril 2008
La semaine dernière, la France ne savait plus ou donner de la bourse ! Les chomeurs dans la rue, les handicapés en une longue procession, le sidaction sur nos écrans... Je ne vais parler que de ce que je connais : la marche des éclopés « ni pauvres ni soumis ».

On veut quoi ? Ben des sous banane !
Enfin « on », c'est vite dit. Le collectif exige que le montant de l'AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) soit calqué sur le montant du smic. Aujourd'hui à 630€ (730€ sous certaines conditions), il est sous le seuil de pauvreté. Alors « on » demande des revenus pour pouvoir vivre dignement.

Ah ouais. C'est le mot à la mode ça, vivre dignement, mourir dignement... Du moment qu'on parle de la dignité de l'Homme, respect, on moufte plus... Alors qu'il n'y a rien de plus personnel que la dignité.

Et visiblement, j'ai pas la même notion qu'eux.
La vie digne ça serait toucher le smic en restant le cul posé sur son youpala, sans jamais sortir de sa bulle ? Recevoir sans donner. Jolie la dignité.
Pour moi la vie digne c'est être dans la vie tout court, dans le mouvement donc dans l'échange. Dans le je donne donc je reçois. Avec les mêmes droits que tout le monde, mais aussi les mêmes galères. Et si je dois manger des patates pour faire des économies, je me sentirais mieux qu'en étant totalement assistée. La vie digne, c'est être considérée pour ma valeur, pas comme un poids dont on aurait pitié.

Alors moi je ne dirais pas « j'ai du mal à trouver du travail, donnez moi de l'argent », mais « j'ai du mal à trouver du travail, donnez moi DU TRAVAIL » !!!

Parce que bien sûr on a des difficultés hein ! Attention je dis pas que les handicapés sont tous des gros faignants profiteurs ! (non, pas tous... ^^)

Bien sûr que l'accès à l'emploi est plein d'embûches. Parce que face à un candidat valide, 9 fois sur 10 on ne fait pas le poids, pas par nos compétences, mais par simple a priori, par peur de complications (qui n'existent souvent que dans l'esprit de l'employeur). Egalement parce que le champ des boulots possibles est réduit. Quand on est handi, vaut mieux savoir faire tourner son intellect, parce que pour tout ce qui est manuel, c'est rapé. Même l'effrayant statut de « balayeur » qu'on brandissait aux enfants pas sages pour nous faire peur à l'école, c'est niet.

C'est pour ça que je trouve ça bien que cette allocation existe, et que j'en vis même. Parce que si j'avais plus de biscottos, je ne reculerais devant aucun « boulot de merde » qu'on fait quand on est jeune, pour se payer son indépendance. Bosser en usine, servir au macdo, ou caissière à Cora, je veux bien mais je peux point. Sans cette alloc, je serais chez mes parents à la campagne (voire en foyer s'ils n'étaient pas là), et quand l'autonomie est déjà limitée comme la mienne, c'est pas ce qu'on fait de mieux (tant concrêtement que psychiquement).
Non, moi on me demande des capacités, des diplômes, ou de l'expérience, et ça, ça prend du temps à acquérir.

C'est pour ça que j'accepte cette alloc sans trop de honte. Bien sûr c'est temporaire, un jour quand je serai grande j'aurai une fiche de paye ! Encore que ce n'est pas mon but premier. Sur le principe de « j'apporte quelque chose à la société, donc je mérite un retour », cette alloc me permet aussi de me faire de l'expérience en quasi-bénévolat. Donc, en attendant le bar-laverie (je n'oublie pas, c'est juste du long cours !), je « bosse » à nouveau là où j'avais fait mon stage de pseudo journalisme l'an dernier. Et je m'y éclate, et je multiplie les expériences, les contacts je me sens utile, capable, je vis. Provisoirement, ça me convient.

Mais y a pas que moi dans la vie, revenons au cas général.
Bien sûr, certains ne PEUVENT PAS travailler. Des personnes alitées, dont le quotidien de maladie est déjà bien assez épuisant pour y rajouter en plus une activité professionnelle. En ce cas là, je suis d'accord, donnons leur les chances de vivre décemment.
Mais il a aussi tant de personnes moins atteintes que moi, qui se laissent bercer par le confortable discours de pitié qu'on leur sert. Pour couronner le tout, travailler rien qu'un peu nous retire le droit à l'AAH, ou comment encourager les gens à bosser pour être perdants financièrement...
Quand je vois que ma tante, qui a un bout de pied paralysé, touche quasiment la même somme que moi, qui touche également la même somme qu'une personne alitée, je me dis que c'est là qu'il est, le problème.

Il y a tant de choses à faire...
Donnez nous les moyens d'être accompagné à chaque instant nécessaire, permettez à nos proches de nous aider en reconnaissant leur « travail », donnez-nous les moyens concrêts de sortir de chez nous (transports, accessibilité), et de montrer notre valeur. Compensez point par point notre handicap, n'en faites pas un sac de problèmes dont on achète le silence par une petite somme d'argent mensuel. Alors on reparlera de dignité.

par Céline à 17h18
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