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(mais en vrai j'ai un peu grandi, hein...)

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Mercredi 9 février 2005

Je suis allée voir Mar Adentro au ciné, tiré de l'histoire vraie de Ramon Sampedro. Un homme, tétraplégique depuis 28 ans demande à mourir. Ca ne lui est (bien sûr...) pas accordé, alors il s'arrange pour diviser les tâches nécessaires à son euthanasie afin que personne n'en porte la responsabilité.
Le film est chouette, émouvant, et fait réfléchir. Je dirais pas que c'est du grand cinéma, mais ça se laisse voir. Et surtout ça fait réfléchir.
C'est quoi une vie digne ?
C'est assez dérangeant dans ce film : Ramon est plutôt heureux, très entouré, rit beaucoup, communique sans problème, et si il est cloué au lit c'est parce qu'il le veut bien. Il refuse d'être en fauteuil roulant parce que ça ne serait que des miettes de sa liberté passée. Il ne veut ni aimer ni être aimé, parce que ça ne sera pas comme avant.

Alors ici, défendre le "droit" au suicide comme tout un chacun, ok, on est pas là pour juger. Mais de là à dire que sa vie n'était pas digne, faudrait pas pousser le bouchon trop loin (Maurice). Je précise qu'il insiste le fait qu'il ne parle pas au nom des handicapés et qu'il comprend que les autres puissent être heureux. Mais le bonheur, comme la dignité, est ce que ça ne se joue pas dans l'esprit tout ça ?...
Qu'est ce qui peut rendre une vie indigne ?
Etre dépendant des autres bien sûr. Oui mais est-ce qu'on ne l'est pas un peu tous ? Si vous viviez seul sur terre, auriez vous un frigo, un ordinateur, des connaissances, des jeux, des sentiments, etc... Alors bien sûr, là c'est chaque geste qui est en cause. Oui, à 25 ans se faire encore torcher les fesses, parfois par sa mère, c'est pas forcément évident. Mais on apprend. On apprend à faire avec, à élaborer des stratégies, c'est passionnant l'esprit humain ! Mais si !!! :-D Alors pour survivre et se développer le plus sereinement possible, on apprend à faire un clivage : je suis Moi, mon corps n'est qu'un corps, qu'un bout de moi négligeable, ça n'est pas dégradant qu'un tiers s'en occupe. C'est presque facile ! (presque ! ;-) Jusqu'au moment où on réalise qu'un corps c'est aussi autre chose, qu'il peut servir à autre chose qu'à être "soigné" : être admiré, être source de plaisir.... Et là la bataille n'est pas encore gagnée en ce qui me concerne mais je ne désespère pas ! Faut dire que si le regard extérieur était autre ça pourrait aider... Bref tout ça c'est qu'un exemple pour dire que je ne suis pas surhumaine, loin de là et pourtant je m'en sors. Un acte qui peut paraître dégradant ne l'est que par une construction de l'esprit. Je ne dis pas que c'est facile, ni même que c'est faisable pour tout le monde (quelqu'un d'isolé, qui cumule les galères...), juste que le terme de "digne" me paraît impropre. Je trouverais plus juste "supportable".

Maintenant, si la vie devient vraiment insupportable, je peux comprendre qu'on ait envie d'en finir...
J'aime la vie, je suis heureuse ou en tous cas fais tout pour l'être, et je grappille chaque instant à vivre. Si je pouvais faire quoi que ça soit pour la prolonger d'un an, un mois ou une heure, je n'hésiterais pas ! Et pourtant... Je ne dis pas qu'un jour je ne changerais pas d'avis. Qu'est ce qui pourrait être insupportable pour moi ?... L'isolement, le manque de communication. Je crois que si j'étais privée de communication ma vie perdrait son sens. Et mon poids pour mon entourage ? Jusqu'où pourrais-je supporter d'être un boulet pour eux ? On a sans doute tous un seuil de tolérance propre...

Et si je m'identifiais à un autre personnage ? Un proche de Ramon. Il y a ceux qui acceptent son choix, d'autres non. Y a-t-il plus belle preuve d'amour ou d'amitié que ce geste inhumain... Ou peut-être est-ce au contraire le geste le plus humain qui soit... Alors oui. Oui je m'arracherais le cœur en même temps, mais il y a quelques personnes autour de moi pour qui je serais capable de le faire.

La vie ne se mesure pas par le nombre de respirations prises, mais par le nombre de moments qui nous ont coupé le souffle.

par Céline
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