Espace blabla



(mais en vrai j'ai un peu grandi, hein...)

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Samedi 5 novembre 2005
Hier matin, sur les bancs de la fac, durant un cours des plus passionnant (oups pardon, ce baillement m'a échappé), ma voisine bondit. Se raidit, se crispe, se tord, se prend la tête dans les mains, voire même s'arrache les cheveux (quoi j'en fais trop ?...) et bouillonne : « Aaaaaaaargh elle écrit sur son livre !!!! Céline !!! Non mais je rêve, Céline, elle surligne son livre !!! » (et autres suffoquements, je vous passe les détails) Vérification faite, nos deux collègues surlignent allègrement les longs passages du bouquin que cite la prof. Aïe, je m'insurge plus modérément, mais c'est vrai que j'aime pas bien ça, moi non plus... D'autant qu'elles s'appliquaient à le barioler de rose, jaune, vert... J'aime les livres qui vivent et portent les marques de leur passé. Mais là, c'était du viol... On a failli kidnapper les livres pour les sauver ! :-)
 


Ca m'a rappelé cette note récente de Ron, où il étudiait son rapport au papier. Sûr que lui aussi se serait tordu de douleur face à cette scène. Son article m'avait étonné. Un amour du livre, bien sûr, pour lui donner cette importance. Mais, peut-être par déformation professionnelle, une vision très « asseptisée ».

Pour moi c'est plus « rustique », le livre est à la fois un objet « sacré », et un objet du quotidien. Je lui voue un respect immense, mais en même temps il doit « vivre ». Pas être enfermé, sage, propre.
Remarquez, c'est un plaisir aussi, le livre neuf. Le choisir entre tous, le soupeser, le tâter, le sentir. Cette odeur de papier neuf, encore tout chaud sorti de sa presse...
Mes livres à moi sont généralement propres, même après les avoir lus. Mais qu'est ce que j'aime aussi ces vieux livres, qui ont une ou plusieurs vies derrière eux. J'adore acheter des livres d'occasion. Le classement est souvent très aléatoire dans cette petite boutique exigüe, il faut fouiner des heures pour trouver quelque chose de lisible dans le flot des collections Harlequin et autres Danielle Steel. Oui mais quel bonheur de s'emparer d'une perle au milieu de tout ça. La couverture usées, les pages jaunies, l'odeur de vieux papier, quasi rance...
J'aime ces livres qui ont des rides au coin des pages. Qui sentent la sueur. Qui témoignent d'un café renversé, d'un moustique écrasé ou d'autres évènements non-identifiables, mais au parfum mystérieux. Ou quelque gribouilli vient ponctuer les lignes...
J'aime ces livres qui ont déjà tout donné à d'autres, et sont prêts à recommencer, inlassablement. J'aime savoir qu'à ce même endroit, de cette même page, à cette seconde exacte, quelqu'un a déjà souri, ou versé une larme. Cette tache peut-être. Il. Ou elle. Avait les doigts au coin de ces pages, là où se trouvent maintenant mes pouces. Et il s'est aussi laissé embarqué par cette description. Et elle aussi a été prise à la gorge par cette phrase envoûtante.
 
J'implore tous les dieux qui n'existent pas (c'est mal barré donc) pour pouvoir encore longtemps feuilleter toute seule mes amants de papier. Je ne sais pas si je lirais encore un livre effeuillé par un tourne page mécanique, ou défilant sur un écran.
 
Oui, je lirai encore, bien sûr. Quand même.
 
Rien que pour pouvoir offrir des livres ensuite. Quel bonheur d'offrir un livre. Ou de le recevoir. Ou juste de le conseiller d'ailleurs. Quel plus beau cadeau, quoi de plus personnel que de confier à l'autre ce bout de soi. Lui mettre entre les mains la clé des émotions qui nous ont traversé. Lui chuchotter le chemin qui conduit à cet univers...
La personne qui m'offre un jour un « bon d'achat » Fnac (ou autre), je lui fais bouffer !!!
Il y a des livres-cadeaux pour chaque occasion, chaque personne, évidemment. Mais j'ai aussi un livre-cadeau fétiche. C'est « la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules », de Philippe Delerm. Bon maintenant ça commence à devenir délicat, il se répend, il est déjà connu... J'aime offrir ce livre, pas comme cadeau passe-partout, quand je n'ai pas d'autre idée non, mais parce qu'il a vraiment un sens pour moi, il me colle assez à la peau. Et puis Christine me l'avait recommandé, je continue la chaîne... Ca me fait penser que je ne l'ai plus en rayon. Il va falloir que je le rachète. Je le relirai. Et puis quand je me le serai approprié, je le donnerai à nouveau, comme d'habitude avec ce livre ! :-)
 
 
Ah et puis me revient cette note de MissLine aussi. Chez elle il y a des livres dans toutes les pièces, et là je me trouve d'un coup beaucoup trop conventionnelle ! Chez moi il y en a dans ma chambre et dans le salon, mais qu'est ce que j'attends pour apporter leur âme aux autres pièces ?! C'est dit, pour ma prochaine déco, les livres envahiront tout mon espace vital, du couloir à la salle de bain ! :-)
 
Je déteste quand les gens, découvrant mon intérieur, veulent étudier les CD que j'ai... Oui mais s'ils se penchent sur ma bibliothèque, alors là je sais déjà qu'on va s'entendre ! (Cataloguant -trop- rapidement ceux qui, épatés devant une telle "corvée" s'exclament "Mais tu les as tous lus ?!"...) De même que mon premier regard, chez quelqu'un se porte sur les livres visibles... Une bibliothèque, ou juste un bouquin posé là... Choper un titre, un auteur... Trouver ici les mêmes bijoux qui nous ont marqué, et se sentir "en famille", illico !
 

Lisez, bordel...
Lisez, dévorez, saoulez-vous, bouffez du livre...
C'est la seule arme valable...
 
 
 
par Céline à 23h02
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