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(mais en vrai j'ai un peu grandi, hein...)

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Samedi 30 juillet 2005

En ces temps moyennement estivaux... J'ai des envies de rentrée ! Alors je songe avec une douce nostalgie à ma dernière année de fac, en me réjouissant de la prochaine. Et un article chez Brad-Pitt Deuchfalh (que je viens de rajouter dans mes liens) m'a rappelé un pan particulier de cette année...

 

Faut rappeler que j'ai débarqué à la fac il y a sept ans quand même ! Et après une petite interruption, j'y suis retournée, en attaquant un nouveau cursus. Me retrouve donc en première année, un bail plus tard. (Petite parenthèse : Olenka si je me souviens bien la première fois qu'on s'est parlé, tu m'as dit, un peu toute paniquée par cette grande fac inconnue "toi aussi c'est ta première année ?" Et ça m'a fait tout drôle de te répondre "euh non c'est ma... septième !" :-))
Et ça a pas mal changé. Euh quoi ? Moi ou eux ? Probablement un peu les deux.
Moi j'ai grandi. Enfin pas sur la toise. Je ne me rends juste plus en cours dans le même état d'esprit.
Mais les jeunes qui sont jeunes aujourd'hui, j'ai l'impression que c'est pas les jeunes qu'on était hier. (oui je sais, à ce rythme là je serai très vite une vieille conne désabusée ! :-D) Certains ont un rapport au prof assez étonnant.
On entend aux infos des jeunes qui persécutent leurs profs, leur crachent à la gueule, les méprisent... Il y a sept ans, je nous sentais très, très loin de tout ça. Aujourd'hui, je sens l'embryon de cette violence. Il n'est rien arrivé de grave, ou pas encore. Juste un frisson qui me glace parfois. Je ne suis sûrement pas pour idolâtrer les profs, il y a un bon nombre d'incompétents qui ne méritent pas une grande considération. Mais peu importe, face à un prof, il y a un minimum de respect qui s'impose. Comme face à toute personne d'ailleurs, mais en plus, celle-ci est la pour nous enrichir, nous guider, nous éclairer dans un domaine qu'ils maîtrisent... Alors pourquoi d'emblée ce mépris ?! Pourquoi y voir des ennemis ? Pourquoi se sentir aggressé à la moindre directive ?... Je regarde mes collègues, perplexe...


Sauf quand ils m'inspirent un peu plus d'horreur...
On avait un tout jeune prof cette année. Peut-être mon âge. Visiblement une de ses premières expériences de prof. Pas beaucoup de charisme, faut être honnête, une voix toute faible (malgrè la petite salle de 30 étudiants), monocorde... Le physique qui va avec : frêle, pas très souriant. Et puis, ce qui achève de le décrédibiliser aux yeux de ces hyènes : des cheveux un peu trop longs, des manières un peu trop efféminées.
Je squatte le dernier rang, en compagnie d'une bande de « joyeux lurons » plutôt gerbants. Un petit gang, façon caïds des cités. Ils n'en ont visiblement rien à foutre de ce TD. D'ailleurs je ne les vois rapidement plus dans les autres cours, comme beaucoup d'autres, ils s'inscrivent en fac pour la forme, et jettent l'éponge dès le premier mois (pour les plus persévérants). Mais là, ils ont trouvé un supeeer objet d'amusement. Et l'objet évidemment c'est le petit prof, qu'ils chahutent comme une boule de flipper, qui n'a plus de contrôle sur sa direction.
Ils passent leur temps à discuter entre eux, à voix haute (bien plus portante que celle du prof). Font sonner leurs téléphones respectifs, ou passent leurs coups de fil « discrètement ». S'interpellent (oui parce qu'ils préfèrent se disperser sur 2 ou 3 rangs, c'est plus drôle). Refusent gentiment quand le prof distribue des feuilles (non merci on en veut pas). Prennent une petite voix, lorsqu'il tourne le dos pour l'appeler « monsieur s'il vous plaît ? » (effet desespérément garanti : il se retourne, demande « oui ? » pas de réponse « ah je croyais qu'on m'avait appelé ». Et les autres pouffent. Reproductible à l'infini...). Balancent des boules de papiers (Non non, pas la maternelle, la fac...). Sortent de la salle...

Bien sûr que c'est à lui de réagir, de s'imposer. Régulièrement il leur demande, la voix tremblante « messieurs, si ce cours vous intéresse, vous restez, sinon, vous pouvez absolument sortir, personne ne vous retient, la présence à ce TD n'est pas obligatoire ». Réponse immuable : « Oh non non ! On reste ! »... Evidemment que c'est une erreur de ne pas les avoir virés tout simplement. Mais il n'avait absolument pas les épaules pour affronter la constance de leur persécution. Le mot est fort, peut-être, mais ce n'était pas autre chose. Ils sont venus jusqu'au tout dernier cours, chaque semaine, le sourire aux lèvres...

J'allais à la fac un peu anxieuse, les jeudi, en me rendant à ce triste spectacle. Au fil du cours, mes nerfs se tendaient. J'essayais de faire abstraction des petits cons, vainement bien sûr. Alors je mettais toute la noirceur possible dans mon regard, et dans mes toutes discrètes protestations. Je ressortais de là survoltée.
Et en colère de ne pas réagir davantage. De ne pas manifester plus clairement mon ras-le-bol. De ne pas avoir apporté la moindre marque de soutien à ce prof en détresse.
Ils auraient tout à fait pu aller plus loin.
A quel moment j'aurais agi ?
Où commence l'insupportable ?
Est-ce que j'aurais attendu que quelqu'un dise « stop » pour dire « moi aussi » ?


Ces questions-là me font peur, parce qu'elles dépassent bien évidemment le cadre de l'anecdote...

par Céline à 18h30
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