Voilà un petit truc que j'avais écrit il y a quelques mois sur Obsolettres... forum que je déserte ardamment vu mon peu de disponibilité... Ca me semble assez de circonstance, alors le voilà !
Les deux amis n'avaient rien vu venir. Ils étaient là, bien tranquilles dans leur étable, à jouer aux cartes et boire un coup pour tromper le froid de ce mois de décembre.
- Remets-y un verre l'ami ! Où-que-c'est donc qu'on t'a élevé pour laisser un camarade dans le besoin devant un verre vide ? Ahhh merci, je te retrouve bien là ! Trinquons, trinquons, et retrinquons !
- Moi, triple con ?! Non mais tu vas voir, triple con toi même, pis tout d'abord d'où il vient cet as de coeur là, tu crois que je suis trop bourré pour pas voir que t'as huit cartes au lieu de quatre ? Saligaud va, tu va voir de quel bois je me (ré)chauffe moi !
Oui, bon nos deux amis étaient copains comme cochons, mais comme ils n'étaient pas vraiment cochons (mais âne et boeuf), forcément, c'est plus mouvementé. Et puis, il faut bien se réchauffer, alors les esprits réclament leur part et s'échauffent à leur tour. Tout ça pour dire que les compères, absorbant leur vinasse, étaient trop absorbés dans leur belotte pour entendre les voix qui s'approchaient. C'est pourquoi le boeuf réagit si vivement lorsque la porte s'ouvrit dans un grincement. Avec ses manières de boeuf, il meugla :
- Haut-les-mains, peau d'lapin, la maîtresse en maillot de bain !!!
Les intrus l'ignorèrent consciencieusement.
- Hé, qui va là ? Vous vous croyez dans une étable ou quoi ? Veuillez décliner votre identité !
L'âne, un peu plus finaud (contrairement à ce qu'on pourrait croire), avait eu la présence d'esprit de planquer cartes et pinard derrière une botte de foin, dès fois que les visiteurs auraient décidé de s'intéresser à eux. Il tenta de calmer le boeuf fulminant :
- Allez gros, calme toi, tu sais bien qu'ils ne connaissent pas notre langue, ce ne sont que des humains ! Joue ton rôle de bon boeuf pépère, qu'on en finisse vite, afin de pouvoir reprendre où en en était (c'est-à-dire aux 3/4 de la bouteille).
- Mmmeuuuuuh ! répondit le boeuf.
- Voilà, sage, c'eeest bien.
Seulement les deux visiteurs (parce qu'ils étaient deux) ne semblaient pas avoir dans l'idée de repartir de sitôt. Bien au contraire, ils inspectaient la grange de fond en comble (donnant des sueurs froides à l'âne "pas cette botte, pas cette botte...") pour trouver l'endroit le plus confortable. L'homme rassembla quelques bottes de foin ("pas celle-là, pas celle-là !") et y allongea sa femme.
- Allons bon, maugréa le boeuf. Ne me dis pas qu'ils sont venus nous emmerder pour jouer à touche-pipi, ces deux-là ! Y a quand même d'autres endroits pour ça ! Et ma pudeur bordel ?!
- Hum-hum-hum, non l'ami. Crois-en ma longue expérience des femelles, celle-ci est sur le point de mettre bas.
- Ah non, mais je suis pas d'accord du tout moi, j'ai pas que ça à faire, ça va durer des plombes, j'ai soif moi !
Et effectivement, cela dura des plombes. Les visiteurs semblaient tellement préoccupés par la mise bas de la femme, qu'ils n'accordaient pas un regard à nos deux bestiaux. Si bien qu'ils purent s'accorder, discretos, quelques pauses ravitaillement. Puis enfin, le vacarme cessa. Celui de la mère du moins. Laissant place à celui du petit braillard.
- Hé, c'est tout petit mais ça a du coffre, mine de rien, lança le boeuf, un peu épaté.
- Oh, t'as vu ça, les petits d'homme ça nait sans poils à la naissance ! C'est tout rose, pouah ! Quelle idée, ça doit cailler sans pelure sur le dos ! Ils pourraient les finir avant de les expulser quand même !
- Beeeuh ouais, moi ma vache elle en a déjà livré quelques-uns, mais toujours en bon état, prêt à l'emploi, quoi !
- Ouais, ça reste quand même une sous-espèce l'humain, peut-être qu'ils se bonifieront avec le temps, comme notre piquette... Et cette couleur bleue qu'il prend, le marmot, tu crois que c'est quoi ?
- Merde, je crois bien qu'il est en train de se cailler les miches le ptiot...
- Allez viens-voir l'ami, si on allait apporter notre contribution ?
- QUOI ?! Notre précieux breuvage ? A un gniard qu'appréciera même pas ?! Alors là jamais de la vie !!!
- Mais non, oh t'es bien un boeuf toi ! Je parlais juste d'aller souffler un peu d'air chaud sur lui bêta !
- Bon... Je dois bien reconnaître que c'est une idée... Je regrette un peu qu'elle soit de toi mais... Allons-y... Joyeux noël bourricot...
- Joyeux noël l'ami...
















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Qui qu'a dit quoi